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Loane Jamais seule |
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Live "Ce soir ou jamais" (France 3) - 06/02/2007
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Biographie
Loane chante et il faut bien le dire c’est une sorte de miracle insensé. Parce qu’il suffit de l’écouter pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’un métier mais d’une vocation et que c’est sa façon à elle de respirer. Loane s’est amarrée à la vie, accostant une île qui ressemble à un piano. Piano vaisseau. Piano miroir. Piano vivant. Toujours. L’histoire de Loane va ainsi s’écrire avec cet instrument qui sait vieillir. Parce que le bois et l’ébène ne meurent jamais et que Loane s’aimante toujours là où il est question du pouvoir de se régénérer. Loane enfant jouait déjà une à deux heures par jour sur son piano île déserte. Plus tard, au conservatoire où elle suivait des cours, elle refusa de faire comme les autres. Puisqu’il fallait jouer du Chopin, elle allait jouer une de ses compositions. Loane tenace adolescente avait déjà aussi quelques certitudes. La musique lui dicterait sa compréhension du monde et l’autoriserait à s’inventer un monde comme si celui-ci pouvait être évidemment excitant. Mais surtout il lui fallait exprimer que la vie est ailleurs. Quand exister dans la vraie vie est restrictif ou très épuisant. Il ne fallait surtout rien perdre. La chanson lui a offert de prendre et connaître le sens du vent. Loane artiste est née pour faire vivre la femme en devenir. Parce qu’elle sait le prix des sentiments, elle connaît aussi la force d’une chanson pour s’identifier. Loane préfère alors écrire pour transcender la réalité et surtout ne jamais perdre à l’esprit qu’une chanson peut sauver comme détruire La musique est parfois une contrée dangereuse, en ouvrant sur des gouffres de l’intime donc de la connaissance, elle libère aussi. Elle a donc choisi la chanson pour s’offrir des voyages vers l’infini. Mais cet infini, que nous raconte-t-il au juste ? De sa voix gondolée, Loane exprime l’ivresse du rapport amoureux. Elle vit intensément même en dormant. Ca donne évidemment, et d’abord au réveil, des chansons comme « Jamais seule » qui ouvre l’album. L’amoureuse est aux aguets, elle pense tout le temps comme la belle au piano dormant, désirant tant parfois ne plus jouer avec les fantômes, les petits sorciers et les démons qui piquent toujours cette peur d’aimer. Puis la voilà qui scrute le « Petit bonheur » délicate mélodie à l’orgue de barbarie, mordue par cette voix de sirène qui sait que si grand bonheur il y a, il n’existe pas vraiment. Une chanson où la nostalgie n’est plus ce qu’elle était et qui illumine une enfance de l’art rieuse et précieuse… Aimer à l’infinitif est somme toute assez commun, surtout dans les chansons. Ecrire une chanson à son « Aimé » et l’intituler comme tel est plus rare et en dit assez long sur cette vision courtoise qu’elle porte à l’émotion amoureuse. Participe passé, nom ou adjectif, « aimé » jamais à l’infinitif. Pudeur du corps et du sentiment, le moteur d’inspiration de l’écriture de Loane rappelle subtilement le « bonjour tristesse » de Françoise Sagan dans sa façon de vous souhaiter la bienvenue. Loane la transcende presque joyeusement avec son magnétisme inné et ses arrangements qui ressemblent à ces robes d’été si légères et fluides qu’elles laissent un parfum d’érotisme entêtant dans leur sillage.
Elle parle aussi des cœurs en bataille qui s’excitent avec l’ivresse de l’alcool pour mieux se perdre de vue. « Contre toi », petit up tempo cardiaque insufflant une vraie réminiscence de ce que Sacha Guitry écrivait avec sa facétie caractérisée à propos des femmes : « Je suis contre les femmes, tout contre ». Ainsi vont les chansons de Loane, bouleversante lorsqu’elle interroge « Ce que j’ai connu » et conquérante du Graal pour juste être soi même, elle vous murmure dans une fragile confidence « Où sommes-nous, qu’est-ce qui reste quand le temps passe ? ». Peut-être suffit t’il de croire en sa bonne étoile pour poser la question de la fatalité habilement développée dans « Comme si quelqu’un ». Loane se trouve aussi éprise des mots d’une autre femme, Clarissa Pinkola Estès, auteur du livre « Femmes qui courent avec les loups ». Une chanson comme un hommage est née, « Femme qui court». La chanson sans nul doute s’offrira de fille en fille, comme le livre se transmet de femme en femme. Il y est raconté les histoires et mythes de la femme sauvage, il est donc naturel de comprendre que Loane ne s’apprivoise pas facilement. Parce qu’elle parle de l’intérieur des choses, parce qu’elle chante avec une voix qui est en résonance avec notre passé. Comme si Billie Holiday avait rencontré Beth Gibbons, la voix de Portishead, Loane fait le trait d’union entre deux rives, deux temps qui se conjuguent dans une forme de fluide intemporel. Une telle voix donne des ailes pour chanter les fractures amoureuses et les peurs de l’exclusivement féminin. Celui d’abord de toutes les mères qu’elle questionne à travers le complexe d’oedipe au féminin dans « Maman »… Des totems de femmes en forme de questions. Loane dessine dans « Ailleurs » les affres et les regrets après les orages de la trahison amoureuse. Voilà pourquoi la femme qui court toujours « A bout de souffle après le bonheur », se reconstruit une envie et chante « Je m’allège » pour ne pas se diluer… C’est ainsi que s’achève cet album paradoxalement né sous l’arc des inquiétudes féminines et miraculeusement produit sous le ciel d’une sérénité presque enivrante. Avec deux chansons majeures. « Danser », petit don du ciel qui révèle la femme dissolue dans les mensonges des paradis artificiels et qui porte l’émotion dans un registre rare. Puis « T’arrête pas », née en bout de course et qui déchire le cœur transpercé par l’archet d’un violon envolé avec sa voix qui plane entre altitude et apnée. Un album qui s’écoute comme on peut se perdre dans un tableau de Klimt. Le peintre de la femme pour qui « tout art est érotique ». Pour retrouver le goût de l’enfance, des rêves que l’on se doit de réaliser, de la mémoire qui résonne dans nos intimes incertitudes. A 29 ans, Loane a réussi à chanter pour s’incarner ailleurs que dans le réel, emmenant dans le sillage de cette autre vie fantasmée et onirique deux coréalisateurs, Fabrice Dumont (Télépopmusik), Frédéric Fortuni (Brisa Roché, Autour de Lucie), et Jean-Pierre Sluys au son et au mixage. Ils ont révélé l’identité de cette femme qui continue sa course autour d’une petite ville, d’une petite planète, d’un petit manège, d’un petit prince, d’une petite fête foraine, d’un petit cirque comme celui de Zora la rousse. De cette course autour de l’infiniment petit, Loane a réussi un disque infiniment grand. Celui qui appartient à l’âge des possibles.
Didier Varrod

